LIEUX
COMMUNS 2014 - 2015

Common places 2014 - 2015

Le décor, d’une étonnante précision, se joue de nous par l’illusion de sa réalité. Il est parfois impossible, car constitué d’un ensemble de reflets, imbriqués en miroir. On y croit et pourtant il s’agit d’un savant trompe-l’oeil. Façades et halls se transforment en décors d’une scène dans laquelle on est convié, mais dont le scénario reste clos. Aucune trappe ne viendra nous sauver. C’est un piège pour le regard, un labyrinthe implicite dans lequel on se confond. Ici, nulle action ne nous extirpe, car nous errons dans ce qui est bien souvent hors champ, ou tout du moins habituellement d’arrière-plan. Cette seconde zone se trouve ici au premier rang. Elle se donne à voir par d’adroits détails. Il s’agit presque d’une pause dans les pages que nous « scrollons » quotidiennement.

Thomas Fort, in LIEUX COMMUNS

The decor, of an amazing precision, plays with us by the illusion of reality. It is sometimes impossible, made of a set of reflections, nested in mirrors. We believe in it and yet it is a clever trompe-l’oeil. Façades and halls are transformed into sets of a scene in which we are invited, but the scenario remains hidden. No hatch will come to save us. This is a trap for the eye, an implicit labyrinth in which we get lost. Here, no action to pull us out because we wander in what is very often off field, or at the very least secondary. This second zone is here at the forefront. It is given to see by artful details. It's almost a pause in the pages we scroll down daily.

Façade 1
Mine graphite sur papier, 70 x 100 cm, 2015

Hall C Plante 2
Mine graphite sur papier, 50x40 cm, 2014

Hall C Plante 1
Mine graphite sur papier, 50x40 cm, 2014

Détail treille 1
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Façade 2
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2015

Façade 3
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2015

Treille 1
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2015

Massif 2
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2014

Massif 1
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2014

Hall A (miroir)
Mine graphite sur papier, 100 x 70 cm, 2014

Treille 2
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2015

Massif 3
Mine graphite sur papier, 50 x 60 cm, 2016

Hall A
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2014

Détail marbre 1
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Détail marbre 2
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Massif 5
Mine graphite sur papier, 50 x 60 cm, 2016

Massif 4
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2016

Détail treille 3
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Détail treille 2
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Hall-E
Mine graphite sur papier, 100 x 70 cm, 2016

Hall B Plante 1
Mine graphite sur papier, 60 x 45 cm, 2014

Hall B Plante 2
Mine graphite sur papier, 60 x 45 cm, 2014

Hall D
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2015

Hall F
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2016

Massif 3
Mine graphite sur papier, 50 x 70 cm, 2016

Massif 7
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2016

Massif 6
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2016

Façade 1
Mine graphite sur papier, 70 x 100 cm, 2015

Hall C Plante 2
Mine graphite sur papier, 50x40 cm, 2014

Hall C Plante 1
Mine graphite sur papier, 50x40 cm, 2014

Détail treille 1
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Façade 2
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2015

Façade 3
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2015

Treille 1
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2015

Massif 2
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2014

Massif 1
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2014

Hall A (miroir)
Mine graphite sur papier, 100 x 70 cm, 2014

Treille 2
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2015

Massif 3
Mine graphite sur papier, 50 x 60 cm, 2016

Hall A
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2014

Détail marbre 1
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Détail marbre 2
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Massif 5
Mine graphite sur papier, 50 x 60 cm, 2016

Massif 4
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2016

Détail treille 3
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Détail treille 2
Mine graphite sur papier, 27,5 x 20 cm, 2014

Hall-E
Mine graphite sur papier, 100 x 70 cm, 2016

Hall B Plante 1
Mine graphite sur papier, 60 x 45 cm, 2014

Hall B Plante 2
Mine graphite sur papier, 60 x 45 cm, 2014

Hall D
Mine graphite sur papier, 60 x 50 cm, 2015

Hall F
Mine graphite sur papier, 70x50cm, 2016

Massif 3
Mine graphite sur papier, 50 x 70 cm, 2016

Massif 7
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2016

Massif 6
Mine graphite sur papier, 60 x 80 cm, 2016

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LIEUX
COMMUNS

L’héliotropisme nous y a conduits et pourtant, nous ne savons quoi y faire. Absorber par ce soleil de plomb, nous en oublions la foule absente autour de nous. Personne ne se bouscule au bord de la piscine, surdimensionnée et dans un même temps très « cliché », du complexe hôtelier. Rien finalement ne ressemble plus à la piscine d’un hôtel qu’une autre piscine d’un autre hôtel. On pourrait penser que la vue générale diffère, mais ici ou là nous avons l’impression d’être au même endroit malgré les divergences. On nous vend du rêve capitalisé et adroitement modelé par la branche marketing d’une société mondialisée. Les transats, rayés longitudinalement, attendent en vain que quelqu’un vienne bronzer. L’eau croupit dans une grisaille lumineuse, à l’ombre d’architectures de béton qui ont progressivement façonné les remblais de notre littoral. L’hôtel Poséidon nous guette. Les palmiers se dressent fièrement dans la fougue de leurs traits. Nous nous imaginons dans l’abîme de la nostalgie et pourtant rien ne semble plus ancré dans la réalité d’un tourisme contemporain. L’image grise n’est alors rien d’autre que le reflet d’une habitude de consommation, dans laquelle nous sommes rejetés en permanence, à l’approche des vacances que l’entreprise accorde sur des périodes déterminées. Les motifs nous précèdent. Ils sont pensés pour nous convenir sur une durée limitée jusqu’à être remplacés par d’autres. Ils portent en eux l’idée d’une évasion exotique. Palmes, perroquets, toucans et oiseaux de paradis se mélangent, offrant une portion de Caraïbes dans la plus commune des chambres. Les armoiries de ce nouveau territoire, celui de nos fantasmes, sont celles d’une mixité culturelle involontaire. Un collage s’opère ; les références se côtoient pour cohabiter dans l’ineffable. Elles ne disent rien, car elles montrent tout dans leur apparente simplicité. Elles restent inévitablement proches des lieux communs de nos souvenirs.

On nous force à la promenade, mais le paysage défile trop vite. Il fond sous nos yeux, ne devenant plus que l’apparence de la vitesse transmise par des lignes horizontales. L’asphalte blanchi par le soleil brulant reste le point fixe, tandis que la végétation ne devient plus qu’un amas abstrait de formes. Nos dimanches, récurrents dans la pause qu’ils accordent, occupent une zone indéterminée : celle de notre solitude et de notre ennui contemplatif. On nous impose presque de ne rien faire pour mieux faire comme tout le monde. Alors on attend, on observe la lassitude des minutes dominicales.

Un canapé fatigué repose dans une salle vide, baignée de lumière. Des rideaux tirés et noués ouvrent sur une non-scène. Nul spectacle ne s’annonce, seul l’écoulement des rayons à travers les vitres viendra animer la pièce, bruler l’image. La demeure perturbe dans sa sérénité. Tout jusqu’aux plantes vivaces et décoratives semble attendre une action qui ne viendra pas. Le paysage cadré par les fenêtres n’apporte aucun présage. La perspective est limitée à la frontière d’une haie bien taillée. On déambule alors, presque somnambule, dans les couloirs afin de trouver une échappatoire. Mais la porte reste close. Les contours nous enferment, notre dessein est tracé.

Le décor, d’une étonnante précision, se joue de nous par l’illusion de sa réalité. Il est parfois impossible, car constitué d’un ensemble de reflets, imbriqués en miroir. On y croit et pourtant il s’agit d’un savant trompe-l’oeil. Façades et halls se transforment en décors d’une scène dans laquelle on est convié, mais dont le scénario reste clos. Aucune trappe ne viendra nous sauver. C’est un piège pour le regard, un labyrinthe implicite dans lequel on se confond. Ici, nulle action ne nous extirpe, car nous errons dans ce qui est bien souvent hors champ, ou tout du moins habituellement d’arrière-plan. Cette seconde zone se trouve ici au premier rang. Elle se donne à voir par d’adroits détails. Il s’agit presque d’une pause dans les pages que nous « scrollons » quotidiennement.

Cependant, le parchemin ne dévoile pas un passé nostalgique, mais fait l’archive d’un présent bercé par une récurrence de formes. Il fait l’inventaire de non-lieux, façonnés pour plaire au plus grand nombre dans n’importe quel endroit. Il répertorie des lieux communs, des espaces dans lesquels on passe sans prêter attention à ce qui nous entoure. Sur ces pages, offertes à notre regard, persistent des scènes inanimées. Le scénario est limité à une déambulation silencieuse. Pauline Martinet et Zoé Texereau y affinent, avec précision, des dessins où les zones de passage ou de détente deviennent des no man’s land. Elles dressent un décor sans issue autre que celle de la contemplation, de l’observation de détails fabuleux qui s’attardent à dévoiler une poétique des lieux communs.

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COMMON
PLACES

Heliotropism led us there, and yet we don't know what to do. Absorbed by the Sun, we forget the absent crowd around us. No jostling at the oversized and cliché pool of the resort. Nothing resembles more the swimming pool of a hotel than another swimming pool of another hotel. You might think that the overall view is different, but here and there you feel that you are in the same place despite differences. They sell us capitalized dreams, deftly modeled by the marketing branch of a globalized society. Deckchairs, striped longitudinally, waiting in vain for someone to sunbathe. The water stagnates in a luminous dullness, in the shadow of concrete architectures that have gradually shaped the embankments of our coastline. Hotel Poseidon is watching us. Palm trees stand proudly in the ardor of their features. We picture ourselves in the abyss of nostalgia and however nothing seems more anchored in the reality of contemporary tourism. The grey picture is then nothing else than the reflection of a habit of consumption, in which we are permanently rejected, near the holiday which the firm grants over determined periods. Motives precede us. They are thought to suit for a limited time and then be replaced by others. They carry within them the idea of an exotic escape. Palm trees, parrots, toucans and birds of paradise blend, offering a portion of the Caribbean in the most common rooms. The coat of arms of this new territory, the land of fantasies, are those of an unintentional cultural mix. A collage operates; references mingle to cohabit in the ineffable. They say nothing, because they show everything in their apparent simplicity. They remain inevitably close to the commonplaces of our memories.

We are forced in promenade, but the landscape scrolls too fast. It melts before our eyes, becoming no more than the appearance of speed transmitted by horizontal lines. Bleached by the Sun, the burning asphalt remains the focal point, while the vegetation becomes a mass of abstract forms. Our Sundays, recurring in the break that they grant, occupy an indeterminate zone: that of our solitude and our contemplative boredom. It almost requires us to do nothing so we can be like everybody else. Then we wait, observing the lassitude of Sunday minutes.

A tired couch rests in an empty room, bathed in light. Tied and drawn curtains open on a non-scene. No show is announced, alone the flow of rays across window panes will animate the play, burn the image. The residence unsettles by its serenity. Everything up to the enduring and decorative plants seems to wait for an action that will not come. The landscape framed by windows shows no omen. The perspective is limited to the border of a neatly trimmed hedge. We wander in the corridors, almost somnambulistic, looking for a loophole. But the door remains closed. Outlines enclose us, our purpose is traced.

The decor, of an amazing precision, plays with us by the illusion of reality. It is sometimes impossible, made of a set of reflections, nested in mirrors. We believe in it and yet it is a clever trompe-l’oeil. Façades and halls are transformed into sets of a scene in which we are invited, but the scenario remains hidden. No hatch will come to save us. This is a trap for the eye, an implicit labyrinth in which we get lost. Here, no action to pull us out because we wander in what is very often off field, or at the very least secondary. This second zone is here at the forefront. It is given to see by artful details. It's almost a pause in the pages we scroll down daily.

However, the parchment does not reveal a nostalgic past, but makes the archive of a present swayed by a recurrence of forms. It makes an inventory of non-places, shaped to please the greatest number in any location. It lists commonplaces, spaces in which we pass without paying attention to what surrounds us. On these pages, offered to our gaze, persist inanimate scenes. The scenario is limited to a silent wandering in which Pauline Martinet and Zoé Texereau refine with precision their drawings where transits and relaxation areas become no man's lands. They raise a décor that leads us to contemplation, leads us to the observation of fabulous details unveiling a poetic of commonplaces.